• à Toulouse la ville rose, peut-être sont-ils un peu chauvins, quand ils jacassent pas du rose ils te parlent des Toulousains*

     

     

     

    Je plaide coupable pour le chauvinisme.

     

    Autant, je ne saurais quoi te dire quoi donc que je faisais le 11 septembre 2001 (bien que je penche pour une partie de Sims ou de Half Life dans mon appart sans télé, ni internet, ni radio, ce qui fait que le 12 ou 13 septembre quand je suis revenue à la civilisation j'étais ébahie devant des images qui avaient déjà lassé tout le monde); autant je me souviens du 21 septembre, notre naïne iléveun à nous les Toulousaing, je te parle de l'explosion de l'usine AZF.

     

    Le 20 septembre 2001, j'ai 18 ans, et je commencerai ce récit en trois tomes par cette phrase terrible: je vais voir Garou en concert.

     

    Ne vas pas croire que je kiffe la chanson française, tu penses, c'était pour accompagner ma soeur shootée aux hormones aka engrossée de 7 mois et qui beuglait "écoute papa qui chante" à son bide énorme dans la fosse du Zénith de Toulouse. Oui on a toutes été finites au viandox dans la famille.

     

     

    Ce soir là, après le spectacle, que dis-je, le show, ma soeur me dépose, et retourne à sa cambrousse, où ma famille a élu domicile, moi je rentre dans mon appart de la rue Matabiau-la-rue-des-putes, car le lendemain, c'est LA REMISE DES DIPLOMES DU BTS. Ouais je sais je t'en fous plein la gueule avec ma grosse education. J'ai passé ces deux ans à jouer aux Sims et à Half Life (voir plus haut). Mais ma mère tenait à ce que j'aille chercher ce """diplôme""", vu que j'ai été la seule de sa portée à dépasser le certificat d'études, mes soeurs étant occupées à se reproduire elles-même (voir plus haut).

     

    21 septembre 2001, j'ai toujours 18 ans donc, près de Saint Sernin. Il est 10h et l'on écoute de laïus sur l'avenir radieux de secrétaire qui s'offre à nous.

     

    10h15: je réfléchis à une super idée pour faire se reproduire mes Sims frère et soeur entre eux quand j'entends un gros bruit, genre la classe de l'étage du dessus fout vraiment le dawa et balance des armoires par terre ou bien?

     

    10h15 et 30 secondes: je suis en train de cogiter qu'il n'y a pas de classe au dessus, vu que l'on est au dernier étage quand un autre énorme bruit suivi de secousses ne laisse plus aucun doute sur le fait qu'il y a moyen que tout le monde se regarde la bouche ouverte avec un point dans la bulle, les gonzesses commençant à chialer "non! non!".

    Il faut dire qu'on est à 10 jours du 11 septembre, le bruit qu'on vient d'entendre fait tout de suite des guilis dans le ventre.

    La vieille prof, nous assurant qu'il n'en est rien d'autre qu'un avion qui est passé un peu trop vite, trop bas, nous fait sortir dans la cour. Et là c'est la panique: des gens arrivent de partout, avec à chaque fois le même discours: ça a explosé, il y a eu une bombe: au Capitole/à la Fnac/ aux Galeries Lafayette (bravo, personne n'est en cours?).

    On arrive à brancher LA télé du lycée (au top hein niveau équipement Maryse), qui ne fait état de rien, ni sur France 3 Midi Pyrénées, et MÊME PAS sur Télé Toulouse, Télé Toulouse, grande chaîne locale qui consistait en une diffusion en boucle de la météo et des sketches si cocasses des Chevaliers du Fiel.

     

    Tout le monde crie, et y va de sa théorie, on est pas peu fiers d'avoir été choisis comme deuxième ville attentat juste après New York (mais c'est normal on est à Toulouse la capitale du monde). En plus on a survécu. Y'a bien des profs qui essaient de gacher notre trip en nous disant que c'est une usine chimique qui a explosé, que c'est toxique, mais nous on le sait, c'est un attentat.

     

     

    On nous renvoie chez nous, avec pour consigne de se barricader et de mettre du torchon humide sur les fenêtres et les portes. Ce qui semble être dans l'ordre naturel des choses vu que ça fait deux heures qu'on est dehors à branler le chat.

     

    Anyway.

     

    Je rentre donc seule dans mon appart, dont les vitres sont cassées (je ferme les volets alors?) et j'attends. Comme je t'ai dit je n'ai pas de cable télé, pas de radio, les portables ne passent plus. Je suis ennui plus qu'angoisse, alors je regarde un épisode de friends en VHS, puis deux, puis toute la cassette.

     

    Je regarde parfois si je vois où j'entends quelquechose: rien. N.A.D.A.

     

     

    Au bout de plusieurs heures, j'ai l'impression que tout le monde a eu une info d'évacuation sauf moi, la cruche sans cable télé et sans radio réveil. J'essaie de frapper chez les voisins: personne sur le palier et les autres étages.

     

     

    Finalement, ANGOISSE j'écris ton nom avec mes moignons (rongés).

     

     

    Je pense que je tiens encore une heure ou deux comme ça, puis c'est impossible je me décide à sortir, si l'air est toxique comme le disait Mme Manchon (la professeur de sténo), j'en ai déjà bouffé pendant les heures passées dans la cour du lycée, rester là, chez moi cloîtrée, sans me taper la tête contre les murs en récitant la 4ème saison de Friends à l'envers je vais pas y arriver.

     

     

    Je veux pas te faire une phrase à la Marc Lévy mais c'est mon souvenir le plus troublant: la ville VIDE. La ville vide aux vitres cassées partout sur les trottoirs. J'essaie d'appeler mes parents depuis une cabine téléphonique, mais il n'y a pas de tonalité. Je me demande vraiment où sont tous les gens et suis persuadée que j'ai loupé un épisode, que l'armée a évacué tout le monde en hélico pendant que je regardais Monica et Chandler se marier pour la 87ème fois. Ou alors je suis la seule survivante, je vais devoir repeupler la terre avec Ricky Martin (on aurait pas été dans la merde).

     

     

     

    Je retourne chez moi sans avoir croisé quiconque entre le Boulevard de Strasbourg et la rue Matabiau, il fait si beau et si chaud je suis un peu euphorique de cette athomosphère. C'est vraiment ce que je me souviens le plus distinctement (les vapeurs toxiques certainement).

     


    Enfin, j'ai l'illumination (temps de réaction: environ 5heures): JE VAIS ALLER A LA GARE.

     


    à la gare: c'est là bien entendu, qu'étaient tous les gens au cerveau plus véloce que le mien. Pas de train, ça va sans dire, la ligne a été coupée (si tu connais un peu la configuration de Toulouse: les rails passent quasiment DANS l'usine, évidemment).


    En revanche une cabine téléphonique fonctionne, je fais la queue et j'appelle ma maman pour lui dire que je suis toujours vivante, c'est à te tirer les larmes comme un épisode de Dr Quinn. Elle dit que j'aurais du rentrer avec ma soeur après Garou (...) et le mec de derrière fait toc toc pour que je me magne. J'appelle aussi mon boyfriend de l'époque, celui qui était bien trop amoureux de moi, et qui a fini avec ses affaires dans des sacs poubelle devant la maison. Il veut absolument venir me chercher, mais la ville est fermée d'après ce qu'on nous dit.


    En effet, à la film cathastrophe, les gendarmes, (l'armée?) ne laissent pour le moment pas de voiture rentrer ni sortir de la ville, je ne sais plus sur quel périmètre. L'amour de ce garçon étant décidément plus fort que tout il se décide à venir quand même pour être sur place quand les barrages seront levés.

     

     

    Il doit être 19 ou 20h, je rentre rue Matabiau, retour à la case départ, à la case Friends, à la différence que les gens sont finalement sortis de chez eux, il n'y a plus ce vide génial et flippant, le jour commence à baisser, je n'ai toujours pas le début d'une idée de ce qu'il s'est vraiment passé (je n'ai pas réussi à faire mon choix entre les 133 théories entendues à Matabiau dont au monis 5 incluaient des extra-terrestres). Des voisins sont finalement là et me proposent de m'emmener en voiture, jusqu'où on pourra.

     

     

     

    Tout le reste est maintenant vague, dans mes souvenirs, ça ne doit pas être faute de l'avoir raconté, mais je me souviens surtout avoir attendu longtemps, vers Francazal, il me semble, avoir dormi à l'arrière de cette voiture, puis les portables vers 1h du matin ont à nouveau fonctionné, des téléphones sonnaient de partout, et mon copain était juste là, en face de notre voiture de l'autre côté du barrage de Gendarmerie. Ils m'ont laissée sortir, moi, seule avec ma valise, comme l'heure des mamans où ta maman serait en avance et que t'es la première à sortir de la classe sous les regards envieux des autres; j'ai littéralement sauté dans la 205 GTI de circonstances et suis rentrée à la campagne.


    Dix jours après je partais vivre à londres où les épisodes de Friends tournaient en boucle sur je ne sais plus quelle chaîne.

     

     

     

     

    "Ici Toulouse c'est pas le paradis
    Est-ce que t'as pas vu l'incendie ?
    Moi y a longtemps que j'ai quitté tous ces bandits
    Mais je sais où j'ai grandi"**

     

     * Les ogres de barback: 3-0 &

    **Magyd Cherfi: Place de France


  • Commentaires

    1
    Mardi 20 Septembre 2011 à 15:12
    Ben merde alors
    Merci pour le supsense, tout gâché maintenant, c'est malin. Je savais pas pour Monica et Chandler.
    2
    ava
    Mardi 20 Septembre 2011 à 15:51
    whaa
    j'en ai les poils. sans déconner. j'aurais flippé ma race je te dis même point. t'as été quasiment héroïque dans ta GTI, cocotte
    3
    Louise
    Mercredi 21 Septembre 2011 à 14:02
    @mentalo
    je suis pas sûre d'avoir respecté la chronologie s'il faut c'était ross et rachel qui se mariaient, si ça peut te rassurer...
    4
    Jeudi 2 Février 2012 à 21:49
    pareil
    tout pareil quand j'ai vu pleuvoir les bouts de vitres du haut de mon immeuble, que j'ai cru qu'un avion s'était crashé dans le canal de Brienne... et que c'etait un attentat, forcément;
    5
    Jeudi 2 Février 2012 à 21:50
    tout pareil
    tout pareil quand j'ai vu pleuvoir les bouts de vitres du haut de mon immeuble, que j'ai cru qu'un avion s'était crashé dans le canal de Brienne... et que c'était un attentat, forcément...
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